Ah! Les déchets! Il y en a partout, et ce, même dans les milieux les plus nettoyés. À chaque saison et à chaque endroit son lot et son type de déchets. Ils deviennent même très souvent un problème de santé publique très grave dans certains endroits. Les déchets pullulent souvent des parasites qui peuvent même provoquer de violentes épidémies capables de décimer toute une population. Les déchets, il y en toujours eu sur la planète, et il y a en aura toujours. Ceci exige donc un effort de nettoyage permanent pour éviter qu’ils ne pourrissent notre vie et menacent notre existence.
D’où viennent les déchets?
Depuis plusieurs décennies, la majorité des déchets qu’on trouve dans la plupart des endroits dans le monde sont produits domestiquement. Parfois, les grands pollueurs en exportent dans les pays étrangers, en général, dans l’intention de nuire ou pour atteindre certains objectifs stratégiques fixés par le pays exportateur. Je me rappelle en grandissant en Haïti dans les années 80, on dénonçait tous les jours sur les ondes des médias le décharge de déchets radioactifs, en provenance des États-Unis, sur une plage aux Gonaïves avec la complicité de quelques « éléments » locaux. Jusqu’à aujourd’hui, personne ne sait combien d’Haïtiens ont perdu la vie en raison des effets radioactifs de ces déchets. Tout ce qu’on sait, c’est que ces déchets ne pouvaient ne pas causer de gros dégâts au sein d’une population avec un taux d’analphabétisme très élevé. D’ailleurs, rien n’a été fait par l’État haïtien, lui-même « déchétisé », pour protéger la population contre les effets néfastes de ces déchets. Il faut dire qu’en tant que plus grand pollueur de la planète, les États-Unis produisent beaucoup de déchets polluants qui affectent négativement l’existence autant chez eux que dans les pays étrangers. Ces déchets sont parfois produits sur place avec des matériaux locaux, mais ils en exportent dans les autres pays. Ce n’est même pas nécessaire de citer des victimes parce qu’il n’y a pas un seul pays au monde qui ne soit pas affecté par les conséquences désastreuses des déchets états-uniens. Après les États-Unis, d’autres grands pollueurs, comme la France ou la Grande Bretagne, créent et exportent des quantités de déchets infernales, particulièrement, sur le continent africain. On pense, par exemple, aux déchets qui pourrissent l’existence des individus en Côte-d’Ivoire, au Niger, au Sénégal, au Congo Brazzaville, au Gabon, au Cameroun, au Rwanda, en Guinée Bissau, et j’en passe, car la liste est longue. Certains pays africains, comme le Niger, le Mali ou le Burkina Faso essaient de faire du nettoyage, mais au point qu’ils étaient infestés, cela prendra peut-être des décennies pour mettre ces pays dans un état où la vie commence à fleurir.
En effet, pour ce qui est des déchets radioactifs déposés sur la plage des Gonaïves, les États-Unis n’en étaient pas à son premier coup. Bien au contraire, cette action a démontré combien ils avaient déjà « déchétisé » le paysage politique haïtien, sinon cela n’aurait pas été possible. Lorsqu’on regarde ce qui s’est passé dans le pays sous l’influence états-unienne au cours des deux derniers siècles, on peut même dire que les déchets déposés aux Gonaïves, malgré leur pouvoir radioactif, ont été les moins nocifs pour les Haïtiens que tous les autres tas de déchets produits sur place ou déposés par l’État états-unien en Haïti. Le côté machiavélique de ces actions malhonnêtes c’est que le type de déchets qu’ils créent en Haïti fonctionne à la manière d’un virus. Ils s’automultiplient pour infester tous les coins du pays à la vitesse de l’éclair. Alors qu’il n’y a que quelques années ils se limitaient presqu’exclusivement à Port-au-Prince, de nos jours il n’y pas un seul endroit au pays où l’on ne trouve pas de ces déchets toxiques. On peut même dire, sans l’ombre d’un doute, que le pays tout entier est contaminé de déchets.
Comment on en est arrivé là?
La « déchétisation » du pays semble se produire graduellement sur une longue période, au point où les Haïtiens ne le réalisent même pas. On estime qu’aussi radical un changement puisse être, si on l’introduit graduellement par petite dose, même les personnes qui auraient été très hostiles par rapport à ce changement finiront par l’accepter sans s’en apercevoir. Par exemple, on pense qu’il serait possible d’ingérer une grande quantité de poison très violent sans conséquences mortelles, si on le consomme en très petites doses sur une très longue période. De même, on peut devenir expert dans un domaine en le pratiquant pendant une période relativement longue. Ce procédé s’appelle l’apprentissage par la pratique. Notre cerveau semble être capable d’assimiler certaines choses au fur et à mesure qu’on le stimule ou qu’on vit avec ces choses dans notre environnement immédiat. J’ai appris ces choses très tôt dans ma vie, alors je m’en méfie. En effet, après avoir complété mes études de deuxième cycle, j’étais resté sans emploi pendant un certain temps. Pour payer mes factures, j’avais alors décidé d’accepter un emploi d’agent de sécurité qui payait 11,65 $ de l’heure. Après trois mois, j’ai volontairement quitté le poste d’agent de sécurité pour aller travailler dans un entrepôt où on me payait 9,60 $. Là, j’y suis resté pendant un mois au complet. Mes amis croyaient que j’étais devenu fou parce que j’avais choisi de quitter un travail pour un autre clairement moins intéressant et qui payait moins. L’idée c’est que je ne voulais pas que mon cerveau s’habitue avec le travail d’agent de sécurité. Je n’ai rien contre les agents de sécurité, mais ce n’est pas ce que je voulais faire. Cela vaut aussi pour les femmes. Si vous n’aimez pas un homme, ne perdez pas votre temps à l’écouter. Sinon, la routine finira par s’installer, et lorsque vous revenez à vous-même, vous serez déjà dans son lit.
En effet, c’est bien cela que je crois qui est arrivé au peuple haïtien. À force de tolérer les déchets, il finit par s’y habituer. On dit naïvement en Haïti que les déchets sont utilisés comme une forme de politique, car lorsque le camion passe le soir pour vider les bacs, ils sont déjà remplis à déborder au petit bonheur le lendemain. En fait, tout est politique dans ce pays. Mais, s’agissant de déchets, il y a la politique de déchets et les politiques déchets. Alors que le premier vise à hypnotiser le cerveau humain pour intégrer le déchet dans le subconscient, les seconds sont les moyens utilisés par l’État « déchétisé » pour faciliter l’accumulation de déchets dans le paysage haïtien. Avec tout cela, le boucle semble être bouclé, et le peuple haïtien devient comme anesthésié par la présence de ces déchets dans son environnement. L’odeur nauséeuse des déchets devient de plus en plus tolérable au point où le nettoyage devient de moins en moins une nécessité. À ce point, la présence de déchets ne dérange nulle part dans les institutions du pays, et vivre avec les déchets devient donc un sport national, voire un mode de vie.
Les types de déchets qui nuisent le plus à la bonne santé dans le pays
L’accumulation de déchets de toute nature dans le pays s’est détériorée avec la défaillance du système éducatif haïtien qui s’est accélérée, il y a quelques décennies. Par manque d’éducation, les gens n’apprennent pas comment identifier les déchets pour mieux s’en débarrasser. Dans les piles de détritus qui jonchent tous les coins et recoins du pays, on en trouve un peu de tout, particulièrement des restes et excréments humains, de l’urine et des excréments de chiens, des rats en décomposition, des morceaux de verres qui blessent à mort, etc. Toutefois, les plus grosses piles de déchets et les plus nuisibles en ce moment dans le pays sont d’origine médicale. Le milieu hospitalier est un milieu où on trouve parfois les déchets les plus nocifs. Ces déchets recèlent des maladies dangereuses qui peuvent décimer une population entière. Ils sont à ce point nocifs qu’ils peuvent transmettre des maladies qui gangrènent toute une nation en un clin d’œil. C’est d’ailleurs ce qu’on peut observer en Haïti où les gens meurent tous les jours de toute sorte de maux d’origine médicale, et même de l’absence totale de soins médicaux. Le fait pour les Haïtiens de n’avoir pas appris des leçons historiques sur la manière de disposer des déchets d’origine médicale est un problème très grave. On n’a pourtant pas besoin de remonter à des temps immémorables pour se rappeler des méfaits de ces types de déchets dans le pays. Non seulement les déchets d’origine médicale sont une source de malheur, ils peuvent aussi introduire dans notre système des « corps étrangers » qui affaiblissent notre « système immunitaire » et nous rendent incapables de nous relever.
Cependant, il faut être très clair là-dessus. Si on parle de déchets d’origine médicale ce n’est que parce que ce type de déchets est en tête de tous les autres déchets générés ou déversés dans le pays en ce moment. Comme je l’ai déjà expliqué, les déchets sont le produit de notre système éducatif, et on ne pratique pas que la médecine dans le pays. D’ailleurs, si l’on ose s’approcher de ces piles de déchets, on en trouvera de toute d’origine. L’insistance vient seulement du fait qu’ils sont historiquement et encore aujourd’hui une source de danger grave pour l’avenir du pays, et il faut s’en débarrasser le plus vite que possible. Bien entendu, on doit aussi éviter de se débarrasser des déchets d’origine médicale pour faire place à des excréments de chiens ou des rats en décomposition. Peu importe leur origine, il faut tout simplement s’en débarrasser.
Comment appliquer une politique de gestion saine des déchets dans le pays?
Toute politique de gestion saine de déchets dans le pays doit passer par une bonne éducation citoyenne. On doit éduquer la jeunesse haïtienne sur les conséquences néfastes des déchets sur sa santé physique et mentale et sur son avenir. Mais, c’est difficile de mener une telle campagne lorsque l’existence même du peuple est contrôlé par des déchets. Sans un démantèlement des politiques déchets et des déchets politiques, toute démarche en ce sens est vouée à l’échec. Alors, l’une des meilleures façons d’y parvenir serait de commencer par le nettoyage du subconscient du peuple afin de déshabituer son cerveau avec les déchets. Il faut l’hypnotiser, particulièrement par le discours, pour faire revenir les souvenirs de ses luttes historiques contre les déchets domestiques et importés afin de créer dans son cerveau l’horreur pour les déchets. C’est seulement alors que son cerveau se réveillera, et il pourra travailler pour se débarrasser des déchets qui pullulent dans toutes les artères du pays.
On peut aussi se débarrasser des déchets en les brûlant. En effet, c’est cette méthode que nos ancêtres pratiquaient compte tenu du fait qu’ils n’avaient pas une structure sophistiquée pour gérer les déchets. L’odeur des déchets brûlés est très désagréable, mais cela peut-être un choix très judicieux surtout on croit que la majeure partie des déchets que nous avons dans le pays de nos jours résistent efficacement aux moyens modernes de traitement des déchets. Il nous faut un grand, voir un très grand ménage dans le pays, parce que cela fait très longtemps que les déchets s’accumulent en Haïti, et nous sommes arrivés à un point de rendre la vie insupportable pour le peuple Haïti.
La lutte contre les déchets est une lutte quotidienne qu’il faut mener avec détermination et perspicacité. Le temps presse, décrétons la guerre aux déchets. Nettoyons régulièrement nos institutions et prenons des lois visant à les garder toujours propres, exemptes de tout de déchet. Mettons-nous à la tâche pour débarrasser le pays tout entier des déchets. En même temps, envoyons un message fort à tous les grands producteurs de déchets pour leur faire comprendre que le temps des déchets est révolu en Haïti, car nous en avons marre.

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