En Haïti, le président de la République nomme et révoque aussi bien le premier ministre et ses ministres que les femmes de ménage qui travaillent dans les bureaux de l’État. Grâce à ce pouvoir, il renvoie tous les fonctionnaires de l’État qui ne sont pas du même courant politique que lui pour les remplacer par des militants politiques qui n’ont aucune compétence, voire aucune connaissance des dossiers à traiter. Bref, la notion de fonction publique est quasiment inexistante, et l’État se résume à la seule personne du Président de la République. Si la tentation de s’accrocher au pouvoir est présente partout où on a affaire à l’être humain, il l’est encore plus en Haïti en raison de la nature du pouvoir dont jouit le président dans ce pays. Dès qu’ils ont la confirmation officielle de leur nouvelle nomination comme président, les détenteurs de cette fonction la voient plus en termes d’autorité que de responsabilité. Pour toute personne raisonnable, il est inconcevable qu’en plein XXIe siècle un président de la République puisse nommer et révoquer à tous les niveaux de l’État et faire de la fonction publique un butin pour récompenser ses militants politiques, ses maîtresses, sa famille et ses amis au détriment du bien-être collectif.
Ce qu’il faut faire
Pour assurer la continuité des actions de l’État et veiller à l’efficacité des interventions publiques, il faut créer une fonction publique qui soit totalement indépendante du pouvoir politique. Cette fonction publique doit en tout état de cause se distancer de toutes actions partisanes et contribuer au succès des actions de l’État. Ici, j’entends une fonction publique hautement professionnelle qui soit capable de gérer les dossiers de projets en toute impartialité pour aider à l’atteinte des objectifs du programme de politiques du gouvernement. Un président du Conseil de la fonction publique doit être nommé par le Parlement sous les recommandations du président de la République. Il rend des comptes directement au Parlement et doit répondre à toute convocation venant de celui-ci. Le Conseil de la fonction publique n’est pas un bureau de recrutement et ne recrute pas pour le compte des autres organes de l’État. Il est là pour s’assurer que les personnes engagées dans la fonction publique le sont sur une base de mérite. Ainsi, il doit approuver toute nomination dans la fonction publique avant que celle-ci soit effective, et l’individu retenu, officiellement engagé. Il travaille avec les différents organes de l’État pour définir les critères de mérite pour tous les niveaux de postes dans la fonction publique. Il reçoit les dossiers de candidature et achemine au gestionnaire en charge du processus de nomination les seuls dossiers qui rencontrent les critères de mérite. Tous les processus de nomination dans la fonction publique doivent être annoncés et faire l’objet d’un concours qui permet à tout un chacun d’y participer.
Une démarche basée sur le mérite
Lorsqu’un nouveau poste doit être comblé à la fonction publique, le gestionnaire en charge du processus fait parvenir le motif au Conseil de la fonction publique qui lui communique par écrit sa décision. Ce n’est qu’après l’approbation du Conseil que le processus peut enfin être lancé. Toutes les candidatures sont reçues par le Conseil qui en fait le tri avant de transmettre au gestionnaire les seuls candidats qui remplissent les critères essentiels pour le poste. Ces critères essentiels auront été définis pour toutes les catégories de postes dans la fonction publique par le Bureau des ressources humaines du Conseil de la fonction publique. En aucun cas, le gestionnaire responsable du processus ne peut pas exiger du Conseil de la fonction publique que celui-ci lui transmette un dossier qui n’a pas été retenu lors du tri initial. Le gestionnaire responsable, pour sa part, fait un deuxième tri et écarte toutes les candidatures qui ne répondent pas aux critères essentiels. Il transmet un rapport au Conseil de la fonction publique pour expliquer l’élimination des candidats rejetés avant même de poursuivre avec le processus. Le Conseil communique sans délai avec le gestionnaire responsable du processus pour clore le dossier des candidats qui échouent le processus et faire progresser le processus.
À la fin du processus, le gestionnaire transmet au Conseil les résultats des candidats avec leur note pour chaque critère ayant fait l’objet d’une évaluation. De plus, il communique au Conseil le ou les noms des candidats retenus ainsi qu’une note justifiant sa décision. Le Conseil évalue le dossier, et s’il a des questions, il communique avec le gestionnaire avant de lui transmettre un avis approuvant la nomination. Avec un tel système en place, nous pourrions garantir une fonction publique très professionnelle et non partisane, à même de délivrer des services de qualité au peuple haïtien. Il faut sincèrement en finir avec le règne de moun paiste – clientélisme – qui nous fait prisonniers de notre médiocrité et bloque le progrès du pays. Quelle honte de voir qu’une institution comme la Banque de la République d’Haïti n’a pas une section carrière sur son site Web. En fait, je se demande souvent comment ils font pour recruter de nouveaux employés et combler de nouveaux postes si ce n’est pas sur la base du clientélisme. Dans de tels cas, on nous laisse à penser que de telles institutions recrutent à travers les réseaux des dirigeants. Ne vous questionnez pas sur les compétences de ces employés, et surtout ce pourquoi nous sommes au point où nous en sommes.

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