Tandis qu’Alassane Ouattara travaille sans relâche depuis bientôt quinze ans pour faire prospérer l’entreprise coloniale en Côte-d’Ivoire, Félix Tshisekedi vient de signer un nouveau contrat quinquennal pour gérer les biens coloniaux en République démocratique du Congo. Entretemps, les Congolais continuent de se faire massacrer chaque jour par milliers par des mercenaires rwandais travaillant à la partition du pays. Dans ce plan macabre qu’embarquent ces flaques d’urine de rhinocéros, comme on le dit dans Un prince à New-York, c’est la bonne gestion des intérêts coloniaux qui compte.

Dans le même temps, au Sénégal, l’autre dirigeant qui se plait à se rabaisser devant les maîtres occidentaux pour gagner leur faveur, vient de publier la liste électorale pour les prochaines élections présidentielles, et sans surprise, les intérêts des puissances coloniales sont passés avant ceux du peuple sénégalais. En effet, le jeune et très populaire dirigeant politique sénégalais, Ousmane Sonko, est écarté de la liste électorale des suites de manœuvres esclavagistes visant à plaire aux colons dont les intérêts s’opposent aux velléités et ambitions patriotiques de Sonko. Pourtant, à environ 6 200 Kms du Sénégal, dans les Caraïbes, on assiste au même théâtre négrier. Les marionnettistes coloniaux ont manœuvré les ficelles, et on commence à observer des mouvements visant à produire les mêmes résultats que ceux obtenus en Afrique.

En fait, après avoir régné sur, par, pour et dans le chaos pendant bientôt les trois années les plus longues de l’histoire d’Haïti, le roi Henry a indiqué dans son discours du premier janvier que ses priorités pour la nouvelle année étaient la lutte contre le SIDA et la sécurité pour l’organisation de nouvelles élections dans le pays. Oui, l’éradication du SIDA d’ici 2030 est la priorité du Roi Henry. On a comme bonus la gestion de l’insécurité pour le seul objet d’organiser des élections. Si on ne savait pas qu’il était actionné par les escrocs internationaux qui veulent maintenir le monde sous leurs pieds, on serait tenté d’envoyer le roi haïtien dans un asile pour malades mentaux. Car, aucune personne sensée ne saurait se souscrire à l’idée que la priorité d’un pays qui est à l’article de mort serait l’éradication du SIDA, une maladie qui ne fait pas le millième des victimes des politiques et actions du roi lui-même dans le pays.

Si l’on fait montre d’un minimum de compassion, on peut comprendre tout de suite que M. Henry ne saurait parler de l’éradication du gangstérisme local qui, conjointement aux politiques coloniales des gangsters internationaux, ont contribué à chasser les Haïtiens de leur pays, sans risque de commettre un suicide. En effet, il est très difficile pour quelqu’un de justifier comment il a pu travailler à l’atteinte des mêmes objectifs que d’autres personnes dans une entreprise coloniale sans se protéger ses arrières réciproquement. D’ailleurs, les criminels qui rançonnent et massacrent la population ne peuvent pas se plaindre d’un manque de souplesse dont le roi Henry a fait montre à leurs égards pendant son règne. Jamais leur business n’a été menacée, de quelque manière que ce soit, par un recours aux organes répressifs de « l’État » dirigé par le roi Henry. Pour sa part, ce dernier, et de fait, tous les autres gangsters à cravates, ont aussi bénéficié d’une générosité sans égale de la part des gangsters à pieds nus qui n’ont, à aucun moment, menacé leur pouvoir. Chacun effectue son travail comme il lui est demandé, ce qui donne la meilleure relation de coopération au monde.

En effet, il faut des gangs violents, des êtres sans état d’âme, pour chasser les gens honnêtes du pays. Or, ces gangs ne peuvent pas commettre leurs forfaits en toute impunité dans un espace où règne la loi et l’ordre. Dans ce cas, pour que les gangs armés puissent faire leur boulot sans aucun risque d’être perturbés, il faut placer des gangs à cravate à la tête de l’État afin d’avoir le contrôle de la force publique (l’armée et la police). Comme il est un peu gênant d’autoriser les gangs à tuer quatorze millions d’individus, il faut donc, pour boucler la boucle, offrir de porte de sortie à ceux qui le peuvent. C’est ainsi que le Brésil, le Chili, le Mexique, et finalement Babylone, ont ouvert leurs portes pour laisser fuir toute la jeunesse, qui était censée être l’espoir du pays. On ne saura jamais comment les trois premiers ont accepté ce choix, mais ils auraient bien pu être convaincus de faire quelque chose qui aiderait vraiment les Haïtiens. Une chose certaine c’est qu’avec la fuite de la jeunesse, ils ont aussi réussi à écarter les risques d’une révolution.

À l’aube de cette nouvelle année qui marque les deux-cent-vingt ans de la déclaration de l’indépendance d’Haïti – je dis déclaration parce qu’Haïti n’est plus indépendante – nous avons assisté un nouveau coup d’éclat. Un État qui n’est pas capable d’interpeler un seul membre des gangs violents qui kidnappent les gens et violent les petits enfants du pays arrivent à mettre en déroute certains des plus dangereux présumés bandits. Mais peu importe. L’essentiel pour le roi Henry c’est démontrer à ses maîtres qu’il a le contrôle de la situation.

Et si on revient aux élections?

Les puissances coloniales décident que la terre de Dessalines doit être une démonocratie, alors elle le sera. Pour ce faire, elles suggèrent que l’organisation des sélections dans un pays qui « n’existe même pas sur papier » – comme le disait un premier ministre « tèt kale » – est une condition fondamentale pour amener cette démonocratie. Les nègres de maison ou encore les souflantchou qui administrent le pays pour le compte des colons n’ont rien à dire. Ils doivent donc organiser des sélections selon la volonté de leurs maîtres. Mais, des sélections, pour quoi faire? En effet, en démonocratie, c’est-à-dire, sous le règne du démon, les serviteurs doivent périodiquement pratiquer une sorte de rituel de sélections pour apaiser la colère du Diable. Eh bien, dans ce cas, on organise des élections-bidon pour désigner d’autres souflantchou qui doivent continuer à servir les intérêts des escrocs internationaux au mépris des intérêts du peuple haïtien. C’est une façon de donner au peuple l’impression d’avoir un mot à dire dans ce rituel, attribuant ainsi une sorte d’insigne de « légitimité » aux traitres que les escrocs internationaux auront désignés. Oui, pendant que le peuple haïtien se fait massacrer par des criminels endurcis armés par des services secrets étrangers, les mercenaires haïtiens suggèrent que les sélections sont leur priorité. Comment s’y prendront-ils pour acheminer le matériel électoral dans les bureaux de vote? Comment sera assuré la sécurité des sélecteurs et des bureaux de vote? Quelles fonctions joueront les terroristes qui contrôlent plus de 60 % du pays dans la gestion du ce processus sélectoral? En tout cas… savann pou wa, bèf pou wa.

En tout cas, avec l’arrivée d’un nouveau chérif sur la scène coloniale mondiale, il ne serait pas surprenant que les petits fonctionnaires coloniaux en poste à Port-au-Prince donnent de nouvelles directives aux administrateurs coloniaux haïtiens sur la manière d’administrer la colonie. Voyons voir s’ils vont maintenir le cap sur l’organisation de nouvelles sélections au cours des prochaines semaines. Toutefois, ce qui est sûr c’est que certains pions, comme Ti Claude, se sont déjà positionnés pour se faire remarquer du nouveau chérif en adressant des lettres aux nouveaux patrons dans la métropole, comme si les yeux des services secrets n’étaient pas assez grands pour voir leur zèle pour l’asservissement.

De l’Afrique à Haïti, tout ce beau monde-là qui s’active à prendre le pouvoir politique pour desservir les intérêts coloniaux est lié par la génétique. Ce gène qui augmente la propension d’un individu à l’asservissement. Quel désastre!

(rédigé le 23/01-2024 puis édité le 27 janvier 2025)


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